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Ci-après, une des trop rares photographies que je conserve de Claude Briffod: nous sommes tous deux à Berne le 8 avril 2006 pour la défense de la Boillat > une mémoire se trouve ici https://www.cgas.ch/SPIP/spip.php?article1937
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[*Compléments ajoutés dès le 25 janvier 2024*]
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{{{**C’est l’hommage de Diane à Claude, son amoureux}}}
[**lu par Carmen*]
Claude était un être joyeux, spirituel, drôle, droit dans ses bottes, doté d’un cerveau diabolique (selon ses termes) et d’une gentillesse infinie. Comme je lui disais souvent, il était le meilleur antidépresseur que j’aie connu, nous avons tellement rigolé ensemble !
Nous avions tissé au cours des ans une réelle complicité, à tel point que très souvent nous devinions mutuellement ce que l’autre pensait ou allait dire, Claude disait que nous avions les cerveaux connectés. Pour ma part, mon amour n’a fait que croître durant notre compagnonnage, car j’ai découvert au fur et à mesure toute sa valeur, son intelligence, son humour et son art inégalable de la répartie, lors de longues soirées passées avec nos amies et amis.
C’était aussi un être complexe et déroutant, il m’accompagnait tous les samedis au marché de Rive et il lui a fallu 3 ans avant d’oser acheter 3 carottes et un poireau, tâche qui n’est pourtant pas bien compliquée, n’est-il pas ?
Au quotidien, Claude était informaticien. Au cours de ces dernières années, il a surtout travaillé pour des maisons de quartier, ça lui a permis de se faire plein de nouveaux potes parmi les animatrices et animateurs de plusieurs maisons de quartier. Je ne peux pas tous les citer tellement ils sont nombreux, mais s’il y en parmi nous aujourd’hui, sachez qu’il vous appréciait énormément.
Mais ce qui définit le mieux Claude, c’est la MUSIQUE, sa véritable passion. Doté d’une excellente mémoire, il connaissait des centaines de groupes et il était toujours à la recherche de nouvelles découvertes. Actif au sein de plusieurs formations, il ne manquait jamais une répétition où il se rendait 3 fois par semaine. Il se réjouissait toujours d’y aller, c’est la seule activité qu’il n’essayait pas de repousser, car ça le stimulait et l’enrichissait. Merci aux musiciennes et aux musiciens qui l’ont accompagné et qui ont supporté cet ergoteur perpétuel.
Claude n’avait qu’un défaut : la procrastination et c’est bien ce défaut qui l’a tué.
Depuis début décembre, il se plaignait souvent d’avoir mal à la poitrine et dans les bras et, dès la première annonce, je lui ai tout de suite dit «prends un bon bouquin et va aux urgences des HUG» mais plutôt que d’y aller, il me répondait qu’il prendrait rendez-vous avec son médecin et je lui répétais que ça ne ferait que retarder un diagnostic – son médecin n’étant qu’une généraliste – et de lui redire «va aux urgences, ils auront tout sur place», et la dernière fois, il m’a encore redit «je prendrai rendez-vous avec mon médecin en 2024», la fin vous la connaissez…
Malheureusement, contrairement à ce que nous souhaitions, nous ne vieillirons pas ensemble, ma peine est infinie.
« Mon besoin de consolation est impossible à rassasier » (Stig Dargerman).
Merci Claude pour ton amour et les 13 formidables années passées à tes côtés, tu resteras à jamais gravé dans mon cœur.
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{{{**Témoignage de Claude Reymond}}}
Je rencontre Claude BRIFFOD le vendredi 7 octobre 2005 à 11h.
L’Office cantonal de l’emploi t’envoie à la Communauté genevoise d’action syndicale pour un poste d’occupation temporaire en qualité d’informaticien. Après la présentation de tes aptitudes et certificats de travail, dont le dernier remontait à août 2003, tu m’apparais comme un bouquet de tulipes dans un vase sans eau depuis trois jours.
J’explique la structure de l’association et mes attentes : créer un site web qui deviendrait un support logistique pour tous les syndicats membres et qui permettrait d’aborder les questions «transversales» aux secteurs économiques» et les turpitudes subies par les travailleurs.
Comme tu ne comprends pas, j’explicite les domaines du deuxième volet : santé, logement, migration, et aussi lutte contre les interdits professionnels, contre le moobing ou contre le harcèlement sexuel.
Tu te redresses, et me montres divers sites internet créés ou améliorés. On passe sur mon ordi pour voir les rudiments dont nous disposions alors.
Notamment une page web de septembre 1999 montrant une interpellation du Secrétariat d’Etat à l’économie concernant l’abrogation de l’article 73 du projet d’Ordonnance 1 de la loi sur le travail soumis en consultation par l’Administration fédérale ; plus exactement la suppression de la notion de «délégation librement élue par les travailleurs».
C’est alors, l’œil pétillant, que tu proposes une application permettant d’ajouter facilement du contenu sans se casser la tête.
C’est ok : tu choisis le lundi pour effectuer tes recherches d’emploi obligatoires, Claude BRIFFOD commencera le mardi 1er novembre 2005. A l’heure de ta convenance – soit 10h du matin – en utilisant ton PC portable. En trois mois tu dotes la CGAS d’un nouveau site web.
En avril 2006, en dehors de nos heures de travail, nous créons ensemble un site «privé» portant dans les trois langues du pays la pétition nationale pour la Boillat, le comité de ses répondants est domicilié chez toi.
Cette expérience est très profitable : fin novembre le secrétariat de la CGAS est désigné par des organisations extrêmement minoritaires au niveau Suisse pour le soutien logistique au référendum contre la 5e révision de l’assurance invalidité ; grâce au développement de tes greffons sur squelette de l’application SPIP, tu crées le site internet trilingue et fédéral ai-referendum.ch/SPIP/ qui devient opérationnel en janvier 2007.
En mai, tu dresses en trois jours le site «Comité de lutte pour les droits syndicaux aux TPG» concernant la défense du délégué syndical Didier BURKHARDT. Ensemble nous organisons la distribution de 5000 exemplaires de la publication «déloyal» de 4h15 au Bachet et à la Jonction jusqu’à 9h30 à la gare de Cornavin.
Et c’est à ce moment que tu me confies les détails de ton licenciement par ELVIA 7 ans plutôt ; parce qu’en assemblée du personnel tu as demandé à l’employeur d’organiser un bulletin secret plutôt que la votation à main levée sur un dispositif validant une augmentation du temps de travail. Comme le représentant de la Société des employés de commerce te répond que cela n’est pas vraiment nécessaire parce que tout le monde a compris le problème, tu déclares alors être membre de l’Association des commis de Genève, laquelle n’est pas informée par l’employeur de la situation et que par conséquent le scrutin ne peut pas avoir lieu sans que ton syndicat soit préalablement consulté. Cinquante personnes signent une lettre de protestation contre ton licenciement, le Tribunal des Prud’hommes le considère abusif et t’accorde une indemnité supplémentaire de 2 mois.
La fin des mesures cantonales approche, mais nous voulons encore travailler ensemble. On rédige la description d’une fonction que nous appelons «développeur en informatique avec aptitude à la formation d’adulte» et je lance une demande au Fond de chômage de la Ville de Genève. Laquelle est acceptée pour une période de 12 mois dès le 1er juin, tu n’avais jamais gagné autant.
En septembre 2007, tu rends opérationnel en une journée le site « Droit de veto sur le licenciement de nos élus et délégués » pour la réintégration de la présidente de SYNA Marguerite BOUGET, licenciée par l’EMS du Léman. Tu assures le secrétariat à merveille pendant les 10 jours que je suis sur le terrain au bord de la route d’Hermance.
En 2008 tu décides de voler de tes propres ailes avec la SARL cb-info et tu trouves des mandats pour en vivre.
Après nous ne nous sommes jamais quittés plus de deux mois, et toujours nous avions plaisir de parler de nos couleurs préférées – le rouge et le noir, comme le logo d’ASRO.
Ainsi, formidable technicien, développeur autodidacte audacieux, très méticuleux dans ton travail qui consista longtemps à créer des supports permettant au plus grand nombre de s’exprimer, garantissant une ergnomonie maximale pour les utilisateurs, Claude – te se faisant parfois appeler Nadine de Romond – tu devins, et fut à toi tout seul, un des bataillons du génie de l’action syndicale, à Genève et au-delà.
Mais pas seulement. Avec ton entregent et ton humanité, tu as suscité des amitiés très fortes. J’ai reçu depuis une semaine plusieurs témoignages. Comme :
• Notre copain de travail, de rigolades, et sa façon à lui de sourire et d’aimer les gens. Trop triste.
• Je me rappelle d’un bonhomme tout gentil, tout sympa, un bon genevois qui était drôle et très avenant.
• Par ma part, après 19 ans de compagnonnage, je termine par un grand merci cher Claude, pour ta solidature, ce néologisme que tu utilisais pour nommer la façon d’exercer des solidarités // qui renforce la position sociale tant de celles et ceux qui les exercent // que de ceux et celles qui les reçoivent.
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{{{**Témoignage d’Ariane Bailat}}}
La première fois que j’ai rencontré Claude, au début 2006, il était venu manger au café Gervaise. Il est arrivé un jour à midi et je crois bien qu’il est ensuite revenu tous les jours. Ou presque.
Très vite avec Alice et Clément, Tamara puis Diane, Arianne et Jean-Mi, ils ont mis sur pied les concerts du jeudi soir. Je n’assistais pas à ces soirées mais j’ai entendu dire que certaines sont restées mémorables. A partir de là, pendant près de 7 ans, avec les Such a Disaster, les Mother’s Monster et tous les autres, Claude est devenu un indispensable du café Gervaise. Il faisait partie des meubles, il faisait partie de la famille.
En 7 ans, il a tout fait dans ce bistrot, client, chanteur, directeur artistique, cuisinier, il a même été patron. Et comme disait Jean-Mi, c’était le vrai patron de bistrot genevois, râleur et attachant.
C’est vrai que Claude était attachant. Et drôle. Et généreux. Malgré sa façon de n’avoir l’air de rien et de se foutre de tout, il était là chaque fois que l’on avait besoin de lui. Il s’est investi dans ce café comme si c’était le sien et, de fait, c’était aussi un peu le sien. Je pense que sans lui et tout ce qu’il nous a apporté, l’aventure n’aurait pas été la même. Pour cela, mes enfants et moi lui en sommes infiniment reconnaissants.
Après la fermeture du café, on ne s’est pas vraiment quittés, on s’est retrouvés de l’autre côté de la rue, au Syndicat des services publics, à la CGAS, à l’ASRO. Là encore, Claude, notre informaticien attitré, était disponible chaque fois qu’on appelait au secours pour nous dépanner, réparer nos conneries sur nos ordinateurs, mettre au point des procédures et surtout faire preuve d’une rare pédagogie avec des pives comme nous.
On se voyait au premier mai, à nos repas de fin d’année, on avait toujours une bonne raison de prendre un verre, de râler et de rigoler avec l’autre Claude et Tonio, José ou Bernard. On a partagé tellement de bons moments… mais pas seulement : il y a eu aussi quelques départs douloureux que l’on a vécus ensemble : Jean-Mi, Eric et Christian, Paul et Paolino, et il a été là pour nous soutenir quand Philippe est décédé, comme lui, si brutalement…
Sous ses allures de vieil anar désabusé, de vieux keupon admirateur de Robert Walser, Claude cachait un coeur en or et sous son air bougon, un sens de l’humour très personnel, comme quand il avait organisé une fondue viennoise de son invention pour l’un de ses anniversaires : des morceaux de saucisse de vienne trempés dans un cassoton d’eau bouillante. Qui d’autre aurait pu faire un truc pareil ?!?
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Mais Claude, c’était aussi le fils du père Noël. Ça ne s’invente pas. Et forcément, ça laisse des traces. On ne peut pas être banal quand on est le fils du père Noël.
Claude était unique et irremplaçable. Bon, c’est vrai, nous sommes toutes et tous uniques et irremplaçables mais je crois que Claude l’était un peu plus. Il était le fils du père Noël et il a été un vrai cadeau.
Merci pour tout.
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{{{**Témoignage de Marcel}}}